Il est ressuscité ! Joyeuses Pâques, avec Marie-Madeleine ! ° Xabier Picaza

La nouvelle prit naissance avec Marie-Madeleine, ensuite deux amis de Jésus l’acceptèrent, Simon et le Disciple aimé, et ensuite tous les croyants, jusqu’au jour d’aujourd’hui.

→ Marie-Madeleine vit et sentit Jésus ressuscité. Elle sut qu’il vivait et bien qu’elle ne pût
le toucher à la manière traditionnelle (ne me touche pas ainsi, noli me tangere!), elle accueillit et transmit la grande nouvelle… et elle fut l’apôtre de la pâque, la première “femme” ressuscitée dans l’amour pour Jésus, pour la vie. ←

Avec cette nouvelle de Marie… je veux saluer tous les mails et lecteurs de ce blog, en partageant avec eux notre fête de Pâques, avec Simon et le Disciple aimé.

Pour cela, je reprends l’évangile, non seulement le texte qu’on a lu à la messe du dimanche, mais aussi les versets qui suivent (Jn, 11-18). Cette scène est sans doute la plus belle des scènes bibliques de Pâques, avec Marie la première de tous les croyants. Elle continue à être, avec Simon Pierre et le Disciple aimé de Jésus, un signe précieux de l’humanité pascale.

Début du texte

Ceci est la nouveauté la plus haute de Pâques : la Sagesse et le salut de Dieu semblent s’être cachés dans un cadavre. Sur le jardin du vieux monde, ils ont enterré Jésus. Marie le cherche passionnément, parce que l’amour vrai est inséparable du cadavre, de l’histoire, de l’ami mort. A y bien penser, son action peut s’appeler une folie :

Marie était devant le sépulcre, en pleurs.
Alors qu’elle pleurait, elle s’inclina pour regarder le monument
et vit deux anges, vêtus de blanc,
l’un près de la tête et l’autre près des pieds,
là où avait été couché le corps de Jésus.
Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ?
Elle leur dit : ils ont emmené mon seigneur et je ne sais pas où ils l’ont mis.
En disant cela, elle se retourna
et vit Jésus debout, et elle ne sut pas que c’était Jésus.
Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?
Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit :
Seigneur, si tu l’as emmené, dis-moi où tu l’as mis et je le prendrai (Jn 20, 10-15).

C’est le début d’une conversation prodigieuse où circulent et culminent tous les motifs de l’histoire humaine. Cette femme n’a pas besoin d’une théorie d’illumination intérieure : elle veut un cadavre, elle cherche le corps de son ami assassiné.

→ De cette façon, elle brise les schémas de la gnose spiritualisante. Elle ne veut pas d’un monde construit sur des cadavres qui se cachent. On ne répond pas par des théories au mystère de l’ami mort. ←

Sur le jardin de ce monde, qui a pu au début être présenté comme un paradis (cf. Gen 2), il semble que seul peut fleurir l’arbre de la mort. Le nouvel Adam jardinier sera au fond un gardien de cadavres, un embaumeur. Elle, Marie, semble accepter ce destin, mais elle veut le cadavre de son ami mort.

Elle ne veut pas qu’on le manipule, elle ne veut pas qu’on le cache. Certains ont dit qu’elle était folle, mais elle l’est comme les grands amants de l’histoire : comme Jeanne, reine de Castille, qui pleurait à travers la campagne, en suivant en deuil le cortège funèbre de son mari mort (je viens de revenir de Tordesillas, là-bas je me suis souvenu d’elle)…, comme tellement d’hommes et de femmes qui se souviennent de l’être aimé et qui restent figés pour toujours dans l’attitude de pleurer.

→ Elle a besoin du cadavre : elle ne veut pas qu’on le cache, qu’on le dissimule, pour que tout continue comme avant. ←

Un monde qui cache ses cadavres

→ Nous sommes dans un monde qui veut cacher ses cadavres… Les enterrer, les mettre à l’écart, les nier : que personne ne se souvienne d’eux, que personne ne sache que nous (les riches, les favorisés) vivons sur les cadavres de milliers et millions de “crucifiés”, morts et enterrés (sans que personne ne se souvienne de leur cadavre). ←

Nous avons besoin de cacher les cadavres, de jeter sur eux plus de terre, une pierre plus grande, pour ainsi “laver” nos mains et être tranquilles. Or, contrairement à cela, Marie a besoin de pleurer l’ami mort, de maintenir le souvenir de son cadavre. Cet amour est un amour qui dure, un amour qui entretient le souvenir, qui ne veut pas oublier les amis morts.

Humainement parlant, le geste de Madeleine semble une folie : il n’est pas permis de retirer un cadavre du tombeau et de l’emmener à la maison ou de le déposer sur la place, pour que tous voient celui qu’on a tué; il n’est pas possible de conserver de cette façon le souvenir d’un mort… L’histoire des vainqueurs avance sur l’oubli des assassinés (à qui on peut élever un beau monument funéraire pour mieux les oublier).

On ne peut pas arrêter la mort, mais beaucoup ont voulu le faire, de diverses manières, mais toujours pour mieux oublier, pour transformer les morts en un rappel de notre propre pouvoir. Dans cette ligne, les pharaons d’Egypte et d’autres grands magnats de l’histoire ont souhaité garder leur cadavre ou le cadavre des membres de leur famille dans d’immenses pyramides, pour ainsi se montrer supérieurs et s’imposer au reste des hommes. Sur la tombe des grands héros morts se construisent les empires…

Mais cette femme ne veut pas construire une pyramide sur le grand Cadavre, comme on le faisait en Egypte, elle n’essaie pas de prendre le contrôle sur les autres au moyen de la mort. Elle prétend quelque chose de plus simple et de plus profond : conserver l’amour pour son ami mort, maintenir la mémoire de sa vie. Pour cela, elle a besoin de son cadavre, pour pleurer pour lui, pour sentir le pouvoir de la mort et pour prolonger sa vie (la forme de vie du mort). Elle ne veut s’imposer sur personne; il lui suffit d’aimer, mais elle a besoin du signe de son aimé mort, son cadavre.

→ Nous pouvons dire que Marie est folle, mais folle d’amour, folle en faveur de la vie. C’est seulement là où quelqu’un aime Jésus que l’expérience de Pâques est possible. Certainement, Jésus était vivant et vrai à l’intérieur de cette femme. Mais la vérité qu’elle détient et désire garder (un cadavre) va se révéler une source et un principe de révélation beaucoup plus profonde. Elle gardera Jésus d’une autre manière. ←

Dialogue d’amour, résurrection

Je viens, comme je l’ai dit, de Tordesillas, où Jeanne, la Grande Reine de Castille, a vécu pour pleurer son Mari Mort (un beau Philippe).

Or, Marie et Jésus de sont déjà rencontrés d’une certaine manière. Le jardinier lui a demandé, elle lui a dit son amour, dans le jardin de la mort, à côté du tombeau vide. Mais la vraie rencontre commence quand le jardinier, Seigneur du nouveau jardin de la Vie, prend la parole et appelle la femme, en disant son nom :

– Jésus dit : Marie !
– Elle se retourna et dit en hébreu
Rabboni ! (mon maître !)
– Jésus lui dit : Ne me touche plus,
Je ne suis pas encore monté chez le Père.
Va chez mes frères et dis-leur :
Je monte chez mon Père et votre Père, chez mon Dieu et votre Dieu.
– Marie-Madeleine alla et annonça aux disciples :
J’ai vu le Seigneur et il m’a dit ces choses ! (Jn 20, 16-20).

Marie cherchait l’ami dans la mort, c’est-à-dire à la fin d’un chemin qui avait commencé au jardin du paradis : il ne restait pas d’arbre de vie, il y avait seulement un tronc sec de mort.

→ Elle cherchait là l’amour d’un mort, mais Jésus lui a répondu en lui offrant la vie et l’amour de Celui qui est vivant, en l’appelant par son nom : Marie. De cette façon, dans un geste de conversation personnelle, a culminé l’expérience de Pâques. ←

Seul celui qui écoute Jésus quand il l’appelle d’une manière personnelle sait vraiment qu’il existe la vie, qu’il y a une résurrection. Tout le reste est présupposé ou conséquence.

→ La résurrection est au fond rencontre personnelle d’amour, découverte de Jésus qui s’est élevé de la mort et qui nous dit, en nous appelant intimement par notre nom : vis, je suis avec toi, sois toi-même ! ←

Source en espagnol : ¡Feliz Pascua! (con María Magdalena)

09.04.15 | 19:30. Archivado en Religiones, Pro justitia et libertate, Teología

Acerca de sagabardon

Editor y promotor desde 1961-62 de la AEU (Amistad Europea Universitaria), soy profesor emérito de la Universidad de Lovaina, donde he enseñado la semántica, el español y la ingeniería lingüística. Soy doctor en filosofía (Louvain), doctor en lingüística (Sorbonne), especialista en lexicología, y diplomado de la Escuela de altos estudios en ciencias sociales (Paris). Especializado en Semántica y lexicología, he preparado durante quince años un “Taller cervantino del Quijote”, que se compone de una edición de los textos originales de 1605 y de 1615, acompañada de un diccionario enciclopédico. Salí de España, en 1961, renunciando a mi puesto de profesor de ética y de metafísica en el Seminario Mayor de Córdoba. Dos años antes había enseñado electrónica y complementos de ciencias en el juniorado jesuita del Puerto de Santa María.
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